Who's That Knocking at my Door ? (1969)

Affiche de Who's that Knocking at My Door


Who's that Knocking at My DoorSynopsis : J.R., jeune homme habitué à l'indolence de ses amis de Little Italy, fait la connaissance d'une jeune intellectuelle sur le ferry qui mène à Staten Island. Leur liaison ne peut pas aller plus loin lorsqu' elle lui révèle, avec la meilleure intention du monde, qu'elle a été abusée par son ancien petit ami. Cette nouvelle l'amène à la quitter, mais quand il s'aperçoit de son erreur, c'est elle qui refuse de le voir. Il part alors à la recherche du pardon, en vain, à l'église.

 

 

 

 

Critiques :

Who's that Knocking at My DoorPremier film du cinéaste, Who's that knocking at my door ? a été difficile et long à monter. Pendant cinq ans, Scorsese construira petit à petit ce film dans lequel on aperçoit pour la première fois Harvey Keitel. Pendant cette longue période, le film évoluera considérablement. D'un premier jet catastrophique, selon l'aveu de Scorsese lui même, aux changements de titres incessants, le film trouvera enfin une exploitation en 1969 grâce à l'ajout d'une scène de nu torride. Tourné en noir et blanc, le film montre deux aspect de la personnalité du jeune cinéaste. Très influencé déjà par le style documentaire, on suit pendant tout le film les virées d'une bande de petit frimeurs italo-americains. Les scènes se suivent sans trop de liens entre elles et sont à la longue un peu fatigantes par la non évolution de l'action. A l'inverse, l'autre aspect du film nous montre la liaison du personnage principal avec une jeune intellectuelle qui plus est jolie. C'est cette partie qui permet de nous intéresser à ce film tant par la qualité de l'interprétation que par une mise en scène déjà brillante. De plus, on y trouve les premiers signes des grands thèmes qui feront la Scorsese's touch : la difficulté de communication entre l'homme et la femme, la violence qui en résultera, l'importance de la religion, la quête déçue de rédemption. Le film se place comme un très honorable brouillon du futur immense Mean Streets qui reprendra les mêmes thèmes et le même acteur principal. Justement, la présence de Harvey Keitel est la très bonne surprise du film. Il nous apparaît comme un jeune adulte tout juste sorti de l'adolescence et tiraillé entre l'envie de sortir s'amuser avec ses copains et le désir de créer quelque chose avec cette fille qui tranche totalement avec les filles faciles avec qui il sort sans arrêt. On peut déceler chez ce comédien en devenir les prémices du futur immense acteur. A ces cotés, la ravissante Zina Bethune compose une jeune fille de bonne famille tout à fait remarquable. La réalisation est soignée et inspirée par la nouvelle vague française des années soixante (beaucoup de mouvement, un montage en contre point éclatant), mais aussi par l'importance du réalisateur John Cassavetes qui ne cessera plus d'influencer considérablement Scorsese. Autre constante dans l'univers du cinéaste qu'il ne cessera d'affirmer par la suite, la présence d'un bande son forte avec l'utilisation de chansons tout au long du film, le moment fort restant la scène de sexe entre Harvey Keitel et ses maîtresses au son du The End interprété par les Doors. Enfin la scène finale dans l'église, fort bien mise en images, nous montre le premier rapport de Scorsese avec la religion catholique et ces premiers stigmates : Keitel se coupera la lèvre quand il voudra donner un baiser à un crucifix.
Au final, le film reste intéressant -au delà même du fait que c'est le premier film du cinéaste- par la représentation inédite à l'époque de la communauté italo-américaine, et par une réalisation soignée et énergique.


LP

Who's that Knocking at My Door

En 1965, le jeune Martin Scorsese s'attaque à Bring on dancing girls, son film de fin d'études. Le film connaîtra de nombreux remaniements avant de devenir le film que l'on connaît aujourd'hui. En effet, en 1967, les producteurs Haig Manoogian et Joseph Weil s'intéressent au film et le film est retravaillé et s'appelle alors I call first. Remarqué par la presse, le film ne trouve pourtant aucun distributeur. Lorsque, finalement, un distributeur s'intéresse au film, il est demandé à Martin Scorsese d'ajouter une scène érotique. Le jeune réalisateur américain accepte et engage Anne Colette vue dans Tous les garçons s'appellent Patrick de Jean-Luc Godard pour tourner cette scène. En connaissant mieux le contexte dans lequel le film a été crée, l'on comprend mieux pourquoi cette scène érotique paraît complètement déconnecté du reste du film.
Who's that Knocking at My Door Bien que Who's that knocking at my door soit un film d'étudiant, l'on parvient déjà à distinguer le style unique de Scorsese. Libre et fluide, Who's that knocking at my door est fortement imprégné par le catholicisme dans lequel le réalisateur d'origine sicilienne a été élevé.
Le centre du film devrait être la relation de J.R avec la fille et la difficulté d'affronter la réalité et l'abus sexuel dont elle a été victime. Cependant, Scorsese semble davantage intéressé par J.R et sa bande de copains vagabondant dans Little Italy, le quartier où le réalisateur a grandi. Dans ce sens, il y a quelque chose d'autobiographique dans ce premier long métrage.
Et pourtant, le thème de la phobie sexuelle est sans doute le plus intéressant du film. A mesure que la relation entre J.R et la fille progresse, elle se détériore surtout après la terrible révélation. L'on peut se demander pourquoi J.R se met à rejeter la fille après que celle-ci ait eu le courage de lui avouer ce qui lui est arrivé. Plusieurs hypothèses sont envisageables. J.R ne peut pas supporter qu'un autre homme que lui ait touché la fille. Il est aussi possible qu'il ait trop de respect pour elle pour être capable de la toucher. Scorsese aborde ainsi le thème de la virginité, profondément lié au catholicisme. Ainsi, J.R est tiraillé entre son attirance pour la fille et son dégoût pour elle à cause de l'abus dont elle a été victime. Harvey Keitel exprime d'ailleurs très bien les troubles de son personnage.
En revanche, l'on ne comprend pas toujours l'intérêt de la révélation de la fille. Bien que cette révélation change les relations entre elle et J.R, le réalisateur est davantage intéressé par les bêtises de J.R et de sa bande de copains. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on ne voit pas dans le film la fille et les amis de J.R dans le même plan.
Au final, le premier film de Scorsese s'éparpille et ne parle pas de grand chose. Mais l'on apprécie déjà le style unique de ce grand réalisateur.

Erin