Kundun (1997)

Kundun

Synopsis : De 1939 à 1959, la jeunesse de l'actuel Dalaï-Lama entre sa découverte par son régent dans un petit village du Tibet, sa formation de chef spirituel et souverain du pays, jusqu'à son exil après l'invasion du Tibet par la chine communiste de Mao.
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Kundun

Critiques analytiques :

Lorsque Melissa Mathison proposa le nom de Martin Scorsese pour réaliser le film Kundun d'après son scénario, les dirigeants de Touchstone Pictures n'en crurent pas leurs oreilles. Comment ? Le réalisateur de Taxi Driver, de Les Affranchis et de Casino réaliser la biographie d'un homme comme le dalaï-lama, vous n'y pensez pas ? Pourtant à bien y réfléchir, le choix n'est pas si aberrant que cela puisse paraître. Le sujet du film est tout à fait scorsesien : un homme face à son destin confronté à deux puissances. L'une bénéfique, la foi et la compassion, l'autre maléfique, l'empire communiste chinois qui provoqua le terrible génocide que l'on connaît. De plus, depuis La dernière tentation du Christ, on sait Scorsese fasciné par les destins d'hommes qui ont prêché la non-violence face à l'oppresseur. Jusqu'ici, les héros du cinéaste avaient, c'est vrai, plutôt tendance à sortir le flingue plutôt que de tendre l'autre joue. Mais si on voit en Travis Bickle, Jake La Motta ou Sam Rothstein (respectivement dans Taxi Driver, Raging Bull et Casino. Les trois sont interprétés par Robert De Niro), des héros victimes de la violence environnante, on peut mieux comprendre le choix de la scénariste Melissa Mathison.
Dans Kundun, ce qui frappe en premier, c'est la sérénité qui plane sur le film. Comme si l'esprit du véritable dalaï-lama avait permis à Scorsese de réaliser un film méditatif, contrairement à la frénésie et la violence habituelles du cinéaste. Ici, un rythme lent, contemplatif. Peu de mouvement de caméra compliqué. L'image se promène doucement, s'approche calmement des acteurs, la plupart du temps des enfants. Le montage est souple, tout en nuance, avec des effets de fondu qui semblent nous prendre par la main. Pas de doute, le style de Scorsese prend ici un tournant tout à fait intéressant.
Comme souvent, Scorsese illustre sa narration de plans fugitifs, quasi mystiques. Je pense notamment à ces images de dessins de sable typiquement bouddhistes, présents dès le générique et qui reviennent régulièrement, comme une fixation du temps. Car c'est là l'un des aspects fondamental du film, Scorsese prend son temps. Toujours préoccupé par une illustration quasi documentaire des événements de ses films, la première heure dévoile avec précision la jeunesse du dalaï-lama en s'attardant sur son apprentissage. Puis, brusquement, le rythme s'accélère pendant le seconde heure qui montre l'invasion et l'occupation chinoise. C'est dans cette partie que l'on retrouve plus facilement le cinéma de Scorsese que l'on connaît. La violence des événements prend possession du filmage et les images se font parfois très dures. Le plan du film le plus fort étant cet étonnant travelling qui monte vers le ciel dévoilant le douloureux spectacle de centaines de moines assassinés. Au coeur de cette scène bouleversante, le dalaï-lama écarte les bras, donnant à son personnage une allure qui fait immanquablement penser au Christ sur la croix.
Au niveau des collaborateurs, mention toute spéciale au décorateur (et pour le film également costumier) Dante Ferretti qui a su recréer les somptueux bâtiments des temples de Lhassa mais également le froid palais de Mao à Pékin. Bien entendu, une nouvelle fois la musique prend dans le film une dimension impressionnante. Composé par le mystique Phillip Glass, elle atteint une dimension émotionnelle incroyable. L'utilisation des instruments traditionnels n'est pas sans rappeler la magnifique composition de Peter Gabriel pour La dernière tentation du Christ. Comme toujours élément indispensable à la narration des films de Martin Scorsese, la musique, ici de Phillip Glass, est une véritable merveille de poésie et de puissance qui accompagne les images pendant pratiquement tout le film sans interruption.
Entièrement interprété par des tibétains (mais en version anglaise), le film est une magnifique réussite qui permet de connaître une nouvelle facette du cinéaste, jusqu'ici réputé par son cinéma frénétique, et qui trouve ici une paix intérieure que l'on ne soupçonnait pas. Mais aussi, et surtout, il faut absolument voir le film comme témoignage rare d'un des épisodes les plus dramatiques et effroyables du XXème siècle (rappelons une fois encore que le dalaï-lama est à l'heure actuelle toujours en exil). Pour ce simple aspect, Scorsese a fait de son Kundun un film essentiel.

LP

Kundun

Autour du film

Le film a été quasiment entièrement tourné dans les montagnes de l'Atlas marocain. Curieusement, c'est pratiquement au même endroit qu'ont été tourné les scènes de La dernière tentation du Christ.
Le film est dédié à Catherine Scorsese, mère du cinéaste, décédé le le 6 janvier 1997 à New York.
Un documentaire sur le tournage du film a été réalisé. Il se nomme A la recherche de Kundun avec Martin Scorsese. Son auteur n'est autre que Michael Henry Wilson qui avait coréalisé avec Scorsese l'excellent documentaire Voyage à travers le cinéma américain qui célébrait les cent ans du septième art pour la télévision anglaise.
Ce sont des tibétains qui interprètent tous les rôles du film, y compris ceux des soldats chinois. Dans le documentaire sur le tournage du film "à la recherche de Kundun avec Martin Scorsese", on peut assister à une scène délicieuse où un jeune figurant prend à parti une troupe de soldat chinois (des figurants tibétains, donc) aux cris de "Chinois, retournez chez vous. Tibet, libre".
Le film a bénéficié de l'aide du véritable dalaï-lama. Scorsese l'a rencontré à plusieurs reprises et a été littéralement fasciné par cet homme à la destinée si exceptionnelle.

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