New York, New York (1977)

Affiche New York

Synopsis : New York est en liesse après la victoire sur le Japon. Jimmy Doyle, saxophoniste et jeune soldat, remplace son uniforme par les habits à la mode et se rend au Starlight Club où la fête est déjà commencée. Il rencontre Francine Evans, une jeune chanteuse, et tente sans succès de la séduire. Mais le hasard les fait à nouveau se rencontrer dans la nuit, et la chanteuse et le saxophoniste vont s'aimer, faire carrière, connaitre la gloire, se séparer et se rencontrer à nouveau dix ans plus tard.

Critiques :

Critique analytique :

Hommage à la comédie musicale des années 1940/1950

Martin Scorsese, grand cinéphile a voulu rendre hommage à la comédie musicale des années 1940/1950. Pour cela, il a su s'entourer des meilleurs. Ainsi, Boris Leven, déjà chef décorateur sur West Side Story de Robert Wise par exemple a été engagé pour faire les décors. Il a su recréer l'ambiance des comédies musicales d'après-guerre grâce aux décors, aux couleurs, aux peintures et etc ...
Grâce aux décors, Scorsese réussit à rendre hommage à ces films qui l'ont tant inspiré : les films de Vincente Minnelli (Tous en scène), On the town de Stanley Donen et Gene Kelly(1949) dont une scène a inspiré la scène où l'on peut voir un marin et une jeune femme danser, The man I love de Raoul Walsh, My dream is yours de Michael Curtiz, Une étoile est née de George Cukor, Les pièges de la passion de Charles Vidor. Mais ces films sont représentatifs d'une certaine époque terminée. Dans cette scène inspirée de On the Town, Martin Scorsese dit "au revoir" à la comédie musicale d'antan.
Le réalisateur a poussé l'hommage encore plus loin en utilisant un cadrage carré rappelant les films de l'époque.
Enfin, Liza Minnelli est à elle seule un hommage à la comédie musicale. En effet, ses parents sont Vincente Minnelli et Judy Garland, ni plus ni moins.

New York New York

Mais New York New York n'est pas un banal hommage au cinéma d'époque. L'aspect réaliste auquel Scorsese tient tant contraste avec les artifices et l'aspect irréel des comédies musicales d'après guerre. Ce réalisme se traduit aussi grâce à l'acteur Robert De Niro qui a appris à jouer du saxophone avec un maître en la matière : Clarence Clemons.
Enfin, il est nécessaire de rappeler que de nombreuses scènes entre Liza Minnelli et Robert De Niro ont été complètement improvisées, ce qui confère un réalisme extraordinaire au film.

Le couple Jimmy/Francine : l'amour versus l'art

New York New YorkLe conflit à venir entre Jimmy et Francine est annoncé dès la première scène. Fêtant la victoire de 1945, un autre conflit se prépare. Dès le début du film, l'on sent que la relation entre Jimmy et Francine sera faite d'épreuves. En effet, Francine résiste longtemps à Jimmy puis finit par céder, peut être en partie face à son talent de musicien. Mais tout membre d'un couple vit avec ses différences. Bref, c'est la musique qui a su réunir les protagonistes. Ensemble, ils apprendront à se connaître, à s'aimer. Ils collaboreront même sur la magnifique chanson New York New York et auront un fils.
Et pourtant, c'est également la musique qui va être à l'origine de leur séparation. En effet, Francine et Jimmy sont en constante compétition sur le plan professionnel. Tous deux n'ont pas choisi la même voie artistique. Francine aime chanter des grands titres du music-hall, elle aime faire le spectacle, et est bien plus à l'aise lorsque tout a été planifié. Jimmy, saxophoniste préfère l'improvisation dans la musique mais aussi dans la vie. Ces deux conceptions vont clairement s'opposer dans la scène de répétition. Alors que Jimmy s'en prend à l'orchestre, et au batteur en particulier, ce n'est pourtant pas à eux qu'il en veut mais à Francine et à sa conception classique de la musique. C 'est pour cela qu'il se met hors de lui lorsque Francine ose donner le rythme.
Après cette scène, l'on voit Francine et Jimmy prendre des directions radicalement différentes. Francine va devenir une star du music-hall avec des numéros classiques tels que The world goes round ou encore Happy endings. Jimmy parvient à jouer un temps du jazz avec les maîtres du genre : les afro-américains. Puis, il finit par ouvrir son propre club "L'accord parfait". Pourquoi ? Ouvrir ce club n'est pas un échec en soi mais montre que Jimmy ne peut pas rivaliser avec les afro-américains dont le jazz est plus énergique. Alors qu'il est enfin en adéquation avec son époque, il n'est plus le meilleur dans son style. Rappelez vous les solos de Jimmy n'étaient pas des plus appréciés à la fin des années 1940.
En dépit de leurs fortes personnalités, ce sont leurs différentes visions de la musique qui mettent à mal le couple. Certes, Jimmy ne quitte pas Francine suite à un désaccord musical mais ce sont ces désaccords artistiques qui les éloignent petit à petit. De plus, ils n'ont aucun moment de répit. En tant qu'artiste, la musique est partout dans leurs vies respectives.
Scorsese montre le pouvoir destructeur de la musique pour le couple Jimmy/Francine.
En effet, Francine et Jimmy se disputent dans un club. Plus tard, Jimmy joue un morceau sur scène que Francine semble reconnaître. Elle s'approche donc de son époux afin de le rejoindre sur scène. Soudain, Jimmy se met à jouer sa propre musique et repousse donc Francine. Dans cette scène, il montre à Francine qu'elle ne pourra pas faire partie de sa vie car elle ne partage pas sa passion.
New York New York aborde donc le conflit entre les intérêts personnels et professionnels, un peu comme le faisait Michael Powell dans Les Chaussons rouges. Scorsese ne manque pas d'y faire référence. En effet, Jimmy Doyle prétend s'appeler Powell.

Jimmy/Francine : une lutte pour prendre le contrôle

New York New YorkComme a su le remarquer la critique Carrie Rickey, la plupart des disputes entre Jimmy et Francine ont lieu dans une voiture. Le véhicule sert à Scorsese de métaphore pour parler du couple. Trop différents, ils essaient chacun de leur côté à prendre le contrôle du couple et à imposer un style de musique. C'est pour cette raison que leur collaboration musicale ne peut pas durer ni leur couple d'ailleurs.
Lorsque Francine tombe enceinte, Jimmy semble d'abord troublé. Puis plus le temps passe, plus il s'éloigne de Francine. Bien qu'aimant encore Francine, il la quitte ne pouvant pas faire face au fait accompli, à cet enfant qu'il n'a pas choisi d'avoir.

 

 

 

Fin heureuse ?

Tout semble en demi-teinte à la fin de New York New York.
Jimmy a quitté sa femme et son fils, donc une vie de famille stable. Il ne pourra donc pas être complètement heureux, selon son propre concept de l'accord majeur.
L'on pourrait penser qu'au final, Francine s'en sort encore plus mal. En effet, elle se retrouve seule avec un fils à élever. Pourtant, à la fin du film, l'on a l'impression que Francine est parvenue à sortir la tête de l'eau. Elle a vraiment réussi sur le plan professionnel et est devenue une véritable star. En revanche, elle a perdu Jimmy, le père de son fils.
Scorsese reste neutre et ne prend parti pour personne. Il expose les faits et laisse le spectateur juger. Cette neutralité est tout de même à nuancer car Jimmy n'est pas vraiment un personnage sympathique. En effet, il n'hésite pas à tromper sa femme enceinte avec une autre. Arrogant, il semble mépriser ce que fait Francine. C'est d'ailleurs ce qu'il lui fait comprendre lorsqu'il lui dit qu'elle vaut mieux que des enregistrements.New York New YorkCependant, et comme dans tout le reste du film, le succès de l'un est synonyme de l'échec de l'autre. Étant donné son succès artistique, Francine semble avoir pris le dessus et avoir mieux réussi que Jimmy. Une scène, avant leur rupture, montre que malgré la douleur que cela pourrait lui causer, Francine pense qu'elle devrait agir comme elle l'entend quitte à perdre Jimmy. Il s'agit de la scène où Francine se trouve seule à regarder des photographies dans un album.
L'expression "il vaut mieux être seul que mal accompagner" semble plutôt adaptée au cas de Francine. A partir du moment où Jimmy la quitte, Francine parvient à venir à ses fins : devenir une star dans son style de musique. A la fin du film, l'on revient dans la salle où Jimmy et Francine se sont rencontrés. Leur histoire va-t-elle recommencer ? Lorsque Francine entame New York New York, elle semble complètement libérée des fantômes du passé et peut aller de l'avant. C'est pour cette raison qu'elle choisit de ne pas aller au rendez-vous proposé par Jimmy. Elle ne veut pas retomber dans le piège de l'amour.
De plus, la petite conversation échangée après le concert montre que rien n'a changé. La rivalité artistique entre Jimmy et Francine est toujours bien présente. Ainsi, Jimmy demande à Francine si son fils a reçu son tambour. Cette dernière répond qu'il fait beaucoup de bruit. Jimmy se jette sur l'occasion et dit qu'il a du talent... comme son père. Avant de quitter la réception, il va voir son fils et lui demande à qui il ressemble le plus. Rien n'est anodin dans les questions de Jimmy. Il cherche toujours à prendre le dessus.
Il n'y a donc pas de "happy end" (fin heureuse). Scorsese inclut tout de même le numéro Happy Ending, un clin d'œil aux traditionnelles "Happy ends" des films américains, et des comédies musicales en particulier. Et c'est peut être pour cela que Martin Scorsese lui-même aime qualifier son film de "film musical noir".

New York New York

New York New York

Start spreading the news,
I’m leaving today
I wanna be a part of it,
New York, New York.

These vagabond shoes
Are longing to stray
And step around the heart of it,
New York, New York

I wanna wake up in the city,
That doesn’t sleep,
To find I’m king of the hill,
Top of the heap.

My little town blues
Are melting away
I’ll make a brand new start of it,
In old New York
If I can make it there,
I’d make it anywhere
It’s up to you,
New York, New York

New York, New York
I wanna wake up,
In the city that doesn’t sleep,
To find I’m king of the hill,
Head of the list
Cream of the crop
At the top of the heap

Musique de John Kander et paroles de Fred Ebb.

Erin

Autour du film :

New York New York- Robert De Niro, en bon perfectionniste a appris à jouer du saxophone comme un pro grâce à Clarence Clemons, le saxophoniste de Bruce Springsteen. Ce dernier joue d'ailleurs le rôle de Cecil Powell.

- Le film n'a pas reçu un très bon accueil à sa sortie en 1977. En revanche, la reprise de New York New York de Frank Sinatra en 1981 a aidé le film à ressortir en salles et à rencontrer le succès qu'il mérite.